jeudi 24 novembre 2016

CHEVAL QUI NE REPOND PAS A LA JAMBE





A Mélanie qui se plaint que sa jument n’avance pas lors des épreuves de dressage en concours complet ! Pas de « jus » dit-elle, alors qu’à l’obstacle et en cross, elle est parfaite. Si, avant l’épreuve de dressage, Mélanie corrige à la cravache, la jument s’énerve, et piétine.

Comment y remédier, quels exercices ???






Bonjour Mélanie ;

Le problème est que ton cheval ne répond pas à la jambe, c’est tout…..

Elle te prend en otage et tu n’ose pas t’affirmer avec suffisamment de rapidité pour prendre le dessus… Elle piétine alors, simule l’énervement et cela te bloque.


Trop de jambes et trop de mains ne font pas bon ménage

A l’obstacle ou en cross tu n’es pas trop gênée, car la jument dispose d’une bonne réserve d’impulsion naturelle, elle aime cela depuis que nous avons travaillé la régularité des approches en équilibre sans main et sans jambe. Elle adore ce jeu…

Mais pour le dressage c’est une toute autre affaire car, pour être relativement précise et proposer aux juges une mise en main conforme aux standards actuels, tu ne peux t’empêcher « d’empoigner » ta jument qui n’accepte pas d’une part ce travail rébarbatif et sans objet pour elle, et d’autre part l’opposition permanente entre la main qui pilote (de trop) et la jambe qui pousse, pousse, pousse et pousse encore pour compenser la perte de « jus » due a l’abus de mains. Alors, ta jument, déjà pas très motivée par ce « cirque » s’éteint complètement et résiste comme elle peut aux jambes qui l’étreignent, l’étouffent et l’oppressent. 

Mains plus jambes : le cheval trépigne


Donc sur le rectangle de dressage, c’est mise en équilibre et légèreté comme au travail à la maison, si tu veux que « ca avance ». Puis, jambes sans mains et mains sans jambes toujours comme a la maison. Ceci est impératif, même si la précision des figures doit en souffrir (pour le moment) et même si la mise en main doit laisser à désirer, et tant pis pour les notes (pour le moment). Il n’y a pas d’autre solution, tu as un cheval en formation et les compétitions font partie de la formation. 


Les excès du jambes plus mains


Comment corriger ces défauts ?

Au travail il faut en RE-venir à la leçon de jambe… Cette leçon est indépendante de tout le reste et il faut y revenir chaque fois que la sensibilité à la jambe baisse. Ne pas attendre que le cheval ne réagisse plus avant de la redonner. Il est des chevaux auxquels je donne une leçon de jambe en début de chaque séance après détente, d’autre à qui je la donne de temps à autres et à d’autres une petite « piqure de rappel » occasionnelle suffit.

Cette leçon de jambe est toujours la même :

1. Arrêt, rênes flottantes devant un grand espace libre.

2. Toucher de « pantalon ».

3. Si le cheval ne gicle pas immédiatement, petites attaques électriques et répétés des talons et de la cravache le plus rapidement possible.

4. Bien caresser AVANT DE REPRENDRE.

5. Calmer.

6. Recommencer jusqu'à départ immédiat et sans retenue.

L’objectif de cette leçon est d’être obligé de doser ses jambes, de faire attention a n’en donner que tres peu. Si le cavalier est obligé de donner à chaque fois 100% des jambes c’est qu’il a mal donné cette leçon, qu’il n’est pas assez électrique et rapide à donner les petites attaques après la demande douce. Plus l’espace temps entre le toucher de pantalon et les attaques est court et plus la leçon est efficace. (Il en est de même au sujet de la récompense, il faut agir ultra rapidement)

Une fois que cette leçon de jambe est bien acquise, travailler la réactivité du cheval a la jambe par le travail de transitions courtes.

La mise en équilibre ou la restauration de l’équilibre est primordial. Si le cheval est branché dans un faux ramener sur les épaules rien n’est possible. Donc, équilibre, équilibre, équilibre… Et, à partir de là travailler les transitions suivantes :

1. Pas d’école - Pas moyen-Pas d’école. 5 foulées de chaque, puis 4, puis 3 et recommencer.

2. Pas d’école - Arrêt - Pas d’école et recommencer. D’abord 5 foulées de pas, puis 4, puis 3.

3. Pas d’école -Trot d’école - Pas d’école. Idem au niveau du nombre de foulées.

4. Trot d’école - Arrêt - Trot d’école. Idem au niveau du nombre de foulées.

Apres tous les arrêts, pas d’immobilité, départ immédiat et franc, c’est cela le but de l’exercice ; la réactivité.

5. Trot d’école - Trot de travail - Trot d’école. (Toujours 5, puis 4, puis 3 foulées environ)

6. Trot d’école - Trot de travail - Trot d’école et recommencer.

7. Trot de travail - Arrêt - Départ immédiat au trot de travail et recommencer.

8. Trot de travail - Trot moyen - Trot de travail et recommencer.

9. Trot de travail - Arrêt - Départ immédiat au trot de travail et recommencer.

10. Trot moyen - Trot allongé - Trot moyen et recommencer. Toujours 5, 4, puis 3 foulées.

11. Trot moyen - Arrêt - Départ immédiat au trot moyen.

Ne pas demander des départs au trot allongé depuis l’arrêt ce serait une mauvaise leçon déséquilibrante.

12. Départs au galop rapprochés

a. Départ au galop, 5 puis 4 puis 3 foulées de galop - Trot de travail, 5 puis 4 puis 3 foulées de trot.

b. Départ au galop, 5 puis 4 puis 3 foulées de galop - Trot d’école, 5 puis 4 puis 3 foulées de trot.

c. Départ au galop, 5 puis 4 puis 3 foulées de galop - Pas moyen, 5 puis 4 puis 3 foulées de pas.

d. Départ au galop, 5 puis 4 puis 3 foulées de galop - Pas d’école, 5 puis 4 puis 3 foulées de pas.

Faire des séances très courtes et alterner ces mouvements avec d’autres exercices relaxant comme les flexions. Mais avant toute chose équilibre, équilibre et encore équilibre Car monter a cheval c’est le mettre en équilibre et lui demander de s’y maintenir sans l’usage de la force. Tout le reste n’est que foutaise…

dimanche 13 novembre 2016

EDUCATION DU CHEVAL: LA CONSTRUCTION DES BASES


En principe un cheval n’oublie jamais les leçons qu'il a reçu surtout les leçons justes et bonnes. Les autres, les mauvaises, si elles ne sont pas trop douloureuses, ils n'y pensent plus très vite et c'est heureux. Si elles sont douloureuses, il se blase et s’évade en résistant de façon passive, l’esprit ailleurs et ne se souvient que de la force qu'il a déployée pour luter. 
"Mobilisation sur place" ébauche du piaffer sur un jeune cheval aux bases solides


 

Quand je parle de bonnes et justes leçons, je pense bien sur aux leçons d'équitation classique, d'équitation raisonnée, celles respectant les règles d'hippomécanique et de locomotion naturelle, celles des La Guerinière, Baucher, d'Aure et des autres... 

Et qui dit La Guerinière ne veux pas dire équitation de «Cour » devant le Roy mais éducation générale d'un cheval de service ou de campagne donc de nos jours d’un cheval de sport. 


Cette éducation commence par une construction des bases (simples) que le cavalier va pouvoir assembler pour construire tout le dressage général puis spécifique du cheval. 


Ces bases sont dans l'ordre d'apprentissage : 


1. La mise en équilibre 


2. La réponse aux jambes


3. La réponse aux mains


4. Les flexions (voir l'article)


5. La mobilisation des hanches

 

6. La mobilisation des épaules 



7. La mobilisation de la masse 


Autres exercices de mobilisation de la masse: Épaules en dedans - Tête au mur - Croupe au mur etc...


Et c'est tout… 

Ce sont un peu les gammes du cavalier … 

A partir de là, l'écuyer fait ses "gammes" puis joue sur ce répertoire pour monter son " affaire"...


Donc un cheval chez qui on construit des bases (classiques) ne les oubli jamais. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de monter des chevaux que la vie m'avait fait perdre de vue pendant de nombreuses années et de retrouver après quelques minutes de reprise de contact le cheval que j'avais laissé plusieurs années auparavant. Comme cet anglo-arabe, Poé, fils de Nitard, que j'avais débourré et "mis" puis monté durant plusieurs années, pour le compte d'une française en Limousin dans les années 80 jusqu'à son départ pour l'Argentine suite a son mariage avec un riche (très riche, très, très riche) viticulteur de Mendoza au pied de la cordelière des Andes. 

14 ans après son départ je deviens entraineur national en Argentine et bien sûr je retrouve mon ancienne élève et son cheval. 
En moins de 10mn j'avais reconstruit toute les bases et Poé me récitait tout son programme comme si nous nous étions quitté la veille… 
La Bonne Société Argentine m'a pris pour un sorcier… 



Donc, si vous avez une certaine liberté dans le travail de vos chevaux, il n'y a aucune raison pour que la leçon d'avant soit perdue, même si quelqu'un d'autre que vous monte le même cheval, il vous suffit à chaque reprise de contact de reconstruire en quelques mouvements simples les 7 points des bases et si le cheval ne les a pas, de les lui inculquer… 


Et ça c'est valable pour toute discipline, du cheval de combat du XVIII au cheval d'obstacle ou de dressage d'aujourd'hui… 


Jean Michel Rousseaux
Écuyer-Instructeur
Diplômé d'État 


cheval.coaching@gmail.com

 
Stages toutes régions à partir de 5 couples cavaliers/cheval

 
Coaching et suivi hebdomadaire en Auvergne